Un mantra pour l’investisseur participatif

Participer à la révolution du financement participatif est exaltant à plusieurs égards : le défi intellectuel, la dimension collaborative, la maîtrise des décisions, l’accès direct aux projets sont en effet des motivations puissantes pour investir. Avec en plus la possibilité de doper le rendement de ses actifs dans un contexte de taux d’intérêts durablement faibles.

Toutefois, pour éviter des déceptions futures, il est raisonnable pour l’investisseur participatif de brider (un peu) sa spontanéité. Ainsi, il pourra utilement adopter un mantra inspiré des maximes bien connues que sont « l’équipe, l’équipe, l’équipe » (pour les projets d’entreprises) et « l’emplacement, l’emplacement, l’emplacement » (pour les projets immobiliers).

Je vous propose donc de répéter avec conviction : « l’analyse, l’analyse, l’analyse ». Pas celle de Woody Allen chez son psy, mais celle de vos investissements à venir. Procédons en trois temps :

  1. Premier niveau d’analyse : comme l’enseignait Platon, « connais-toi toi-même ». Transposé au financement participatif, ce sage précepte incite à procéder à une auto-évaluation approfondie avant de cliquer au hasard sur des projets « amusants » ou « bluffants ».

Parmi les questions pertinentes à se poser : quelles sont mes compétences juridiques, fiscales et financières ? quelle est ma connaissance du secteur concerné ? suis-je informé des contraintes spécifiques propres aux jeunes entreprises innovantes ? ais-je du temps libre pour me documenter ? quelle partie de mon patrimoine suis-je prêt à affecter à des projets ? suis-je prêt à perdre tout ou partie de cet investissement ? quelles expériences personnelles et professionnelles puis-je mobiliser ? ais-je envie d’échanger avec des inconnus sur leurs projets, leurs échecs, leurs investissements ? suis-je convaincu qu’il est possible d’investir en France ?

Si ce questionnaire proustien ne vous rebute pas et si de vos réponses se dégage un sentiment de confiance et de sérénité, alors il est temps de passer au niveau suivant.

  1. Deuxième niveau d’analyse: le financement participatif est à la mode, en France comme à l’étranger. L’offre de produits, projets et plateformes est devenue pléthorique en 18 mois. Le risque de se perdre dans cette jungle foisonnante (voire d’y faire de mauvaises rencontres…) étant réel, il est sage de préparer en amont votre parcours d’investissement.

En pratique, bien identifier et comprendre les différents modes de financement que sont le « crowdlending » (prêt), le « crowdgiving » (don) et le « crowdfunding » (investissement, ce que propose WiSEED par exemple) est un prérequis. Rien n’oblige à n’en pratiquer qu’un seul, mais opérer tous azimuts est à mon sens contre-productif (sauf à disposer de loisirs et de moyens illimités…). Une fois votre choix arrêté sur un mode d’intervention, il est alors temps de creuser l’environnement réglementaire, juridique et fiscal. Oui, lire les conditions générales et les petites lignes des contrats est rébarbatif, mais c’est une étape indispensable ! Identifier les intervenants aussi.

Lorsque votre choix est arrêté sur une plateforme, vérifiez qu’elle dispose de l’agrément « bleu-blanc-rouge » délivré par l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) en tant que CIP (Conseil en Investissements Participatifs) ou IFP (Intermédiaire en Financements Participatifs), selon le cas, et d’un enregistrement auprès de l’ORIAS (association créée en 2007 sous la tutelle de la Direction du Trésor et chargée de la tenue du registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance).

. Inscrivez-vous (gratuitement) comme visiteur et avant d’investir, regardez l’historique des opérations financées, les commentaires des autres participants, lisez les articles de presse, posez des questions, etc.

Bref, renseignez-vous ! Si l’ensemble vous semble cohérent et rassurant, il est temps d’examiner les projets.

  1. Troisième niveau d’analyse: nous arrivons enfin à la partie la plus gratifiante. Choisir un investissement immobilier ou un dossier d’entreprise, puis y investir une partie de ses économies est en effet une démarche qui procure de nombreuses satisfactions. L’investisseur passionné de technologie cherchera un projet innovant (ils ne manquent pas dans l’impression 3D, les objets connectés et le digital). Le particulier soucieux du sort de la planète se dirigera plus naturellement vers des dossiers « verts » (dans le recyclage, l’énergie et les transports) ou dans le domaine de la santé (nutrition, recherche médicale, diagnostic, etc.). L’épargnant frustré par son Livret A à 0,75% optera lui pour des opérations immobilières bien situées et proposant des rendements annuels allant de 8 à 12% (bruts d’impôts).

Pour ce faire, chacun devra lire attentivement les fiches projets mises en ligne, échanger avec les dirigeants et promoteurs (lorsque la plateforme le permet, chez WiSEED le forum est libre et permet d’échanger entre WiSEEDers et dirigeants), solliciter les équipes d’assistance ou les autres investisseurs lorsqu’un point demeure obscur ou préoccupant. Succomber sans réfléchir aux charmes d’un logo flatteur,  d’un sujet prometteur ou d’un emplacement porteur n’est pas prudent. Car tous les dossiers ne réussiront pas, avec dans certains cas une liquidation pure et simple du projet. L’analyse (toujours et encore) doit vous conduire à vous interroger sur la pertinence et la résilience de votre investissement : quelle est la concurrence actuelle et à venir ? les dirigeants sont-ils compétents ? comment avance la commercialisation du produit ou de l’immeuble ? quelles sont les moyens financiers, techniques et humains disponibles ? à quel horizon le point mort sera-t-il atteint ? etc.

Autant de questions à vous poser avant de sortir votre carte bancaire et de cliquer sur le bouton « Investir ». Les plateformes sérieuses insistent sur les facteurs de risques liés au financement participatif et rappellent que vous pouvez perdre tout ou partie de votre investissement. Avertissement à relire et méditer une dernière fois avant de conclure.

A ce stade, si votre audit vous semble complet et débouche sur un « feu vert », il est temps d’investir avec la certitude du devoir accompli. Un projet pourra ne pas être aussi fructueux que souhaité au départ (le plus souvent pour des raisons hors de votre contrôle), mais à votre niveau vous aurez fait le nécessaire et n’aurez pas (trop) de reproches à vous faire. Et si l’un de vos investissements s’avère finalement rémunérateur, vous pourrez alors vanter votre sagacité à vos proches. N’oubliez donc pas le mantra : « l’analyse, l’analyse, l’analyse » !

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Dr. Pierre Tallot - Photo Couleur 01Article rédigé par Pierre Tallot (Avocat, Doctorat, MBA) et WiSEEDer

Le 17 juin 2016 pour publication sur le blog « Withink » et diffusion possible sur d’autres supports par WiSEED. Ce texte ne constitue pas une incitation à recourir au financement participatif, ni une méthode pour intervenir dans ce domaine. Chaque lecteur doit assumer seul ses décisions d’investissement et l’auteur décline toute responsabilité à cet égard.

Pierre Tallot (Avocat, Doctorat, MBA) intervient depuis 30 ans en tant que conseil et investisseur afin de favoriser la création, le financement et le développement d’entreprises innovantes et de projets immobiliers, ainsi que leur déploiement en France et à l’international.

2 réflexions sur “Un mantra pour l’investisseur participatif

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