Femmes et crowdfunding avec WiSEED

Combien de femmes investissent en Equity Crowdfunding sur WiSEED ?

Récemment, Le Figaro citait WiSEED comme un exemple en termes de financement d’entrepreneuriat féminin. Cela nous a flatté ! Mais qu’en est-il des investisseures ? Les plateformes d’Equity Crowdfunding prônent, avec raison, la démocratisation de l’investissement… pourtant la majorité des investisseurs reste des hommes ! A l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, je vous présente quelques résultats tirés de mes travaux scientifiques. Certains d’entre eux sont surprenants.

De nombreuses études ont montré que la part de femmes participant aux marchés financiers est très faible. Ceci est aussi vrai dans le domaine de l’ Equity Crowdfunding et ce malgré la logique de démocratisation de l’investissement qui en est à la source. Nous nous sommes intéressés à la communauté d’investisseures de WiSEED.

Fabrice Hervé (Professeur de finance à l’Université de Bourgogne) et Armin Schwienbacher (Professeur de finance à SKEMA Business School), mes co-auteurs, et moi-même faisons partie des premiers à avoir analysé une base de données aussi dense en crowdfunding.

L’idée était de mieux comprendre les comportements d’une « foule » d’individus, des particuliers, dont les décisions d’investissements sont observables (contrairement à des fonds de placements, par exemple, qui prennent des décisions pour le compte de leurs clients).

Nos résultats montrent que les femmes sont non seulement très peu représentées dans la communauté WiSEED mais qu’elles sont également peu enclines à participer aux collectes en Equity Crowdfunding. Alors que 17% des membres de WiSEED sont des femmes, seuls 9% des investisseurs en sont (et moins de 7% des WiSEEDers Premium sont de sexe féminin).

L’Equity Crowdfunding n’est donc pas très différent des autres écosystèmes financiers, que ce soit les marchés boursiers ou bien les réseaux de Business Angels, quant à leur représentativité de la gente féminine. Dans notre étude nous postulons que cette faible participation des femmes peut s’expliquer de deux façons :

  1. Une première explication tient à la sur-confiance. Cette notion a été largement étudiée en finance (et en finance comportementale d’autant plus) et le fait que les hommes sont plus sur-confiants que les femmes a été démontré à maintes reprises. Ce comportement les conduit à prendre parfois de mauvaises décisions d’investissement, à trop traiter en bourse et à moins souvent considérer l’avis des autres pour évaluer une opportunité d’investissement.
  2. Une seconde explication serait la différence en termes de préférences, en particulier d’aversion au risque. Il se peut que les femmes craignent plus le risque que les hommes, ce qui les amène à éviter les investissements trop risqués. Notre étude indique que les femmes sont moins attirées par les investissements les plus risqués : elles investissement moins dans les startups qu’en immobilier tant en nombre de transactions qu’en montants.

Nos tests statistiques permettent de conclure que la différence entre homme et femme s’explique plutôt par une différence en termes d’attitude face au risque que par une différence de niveaux de sur-confiance. Ces deux notions semblent très proches, pourtant elles ont des implications très différentes. Parler de sur-confiance signifie que des prédispositions cognitives conduisent les femmes à rester en « retrait ». Parler d’attitude face au risque, en revanche, signifie que les femmes font simplement des choix d’investissement différents des hommes.

Ne cherchez pas dans ces travaux une volonté de simplifier la réalité, de créer des stéréotypes ou de trouver des moyens de mieux cibler les femmes dans notre communication. Nous ne voulons pas créer de néobanque ni de plateforme de financement participatif féminines (des initiatives intéressantes existent, comme Ladies Bank, W4 ou MyAnnona), mais nous cherchons à utiliser nos données et notre créativité de manière intelligente.

En conclusion : les femmes sont encore peu représentées sur WiSEED, surtout parmi les investisseurs actifs, mais leur comportement d’investissement est différent. De grandes opportunités sont à la portée des plateformes pour démocratiser les investissements ! Qu’en pensez-vous ?

Référence : Hervé, F., Manthé, E. Sannajust, A. & Schwienbacher, Armin. Determinants of Individual Investment Decisions in Investment-Based Crowdfunding (February 7, 2017). Disponible sur https://ssrn.com/abstract=2746398

Elodie MANTHE,
Business Developer WiSEED, pôle startup

3 réflexions sur “Combien de femmes investissent en Equity Crowdfunding sur WiSEED ?

  1. Fabien Raynaud dit :

    Point de vue intéressant. Chaque personne a sa propre perception du risque dans l’investissement, et cette perception peut changer au cours de sa vie (on ne fait pas les mêmes choix d’investissement à 20 ans et à 50 ans).
    Je pense que la culture influe aussi beaucoup sur le comportement général d’une population.
    La démocratisation de cette nouvelle source de diversification d’investissement qu’est le crowdfunding doit passer par de l’éducation pour que chacun comprenne bien les risques et rendements associés.

    La femme serait-elle l’avenir de l’investissement participatif ?? 🙂

    Fabien RAYNAUD
    http://www.FabienRaynaud.com

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  2. charles dit :

    La génération de nos grands-parents, la répartition homme femme était claire. L’homme était maitre des relations entre la famille et la société et la femme maitresse dans sa demeure. L’homme avait donc un quasi-monopole du gain financier. Il devait donc placer son argent en « bon père de famille ».

    La génération de nos parents, la femme travaillant avec souvent une décote sur le salaire l’homme conservait une supériorité sur ce gain financier tout en étant petit à petit déchargé de la responsabilité du niveau de vie de la famille et ont donc abandonné la gestion en « bon père de famille ».

    Aujourd’hui, la répartition homme femme n’est plus du tout claire. La femme est socialement jugée par ces paires sur ses enfants et accessoirement sur son métier. Pour l’homme, le métier n’étant plus un signe distinctif par rapport à la femme, est de plus en plus jugé sur les autres aspects de son rapport à l’argent. Placements, capacité a défiscalisé … La conséquence est qu’à mon sens, les femmes n’ont qu’un gain financier en contrepartie de la prise de risque et ont donc repris la gestion en « bon père de famille » alors que les hommes ont un objectif de gain financier conscient et un objectif de reconnaissance sociale qu’avais nos pères avant nous inconscient.

    Mais bon, cela n’est qu’une interprétation théorique absolument pas prouvée.

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