Lettre Ouverte Aux Candidats à La Présidentielle

 Mesdames et Messieurs les candidats,

2014 a vu naître en France la première réglementation en Europe sur la finance participative, ou crowdfunding. Cette réglementation, avant-gardiste, en créant une régulation et des statuts adaptés (Conseiller en Investissements Participatifs et Intermédiaire en Financement Participatif), a donné une vraie impulsion au développement de cette jeune industrie. Les plateformes, dont certaines existaient depuis plusieurs années déjà, n’ont pu qu’applaudir : après 5 ans de vie sans cadre réglementaire, la reconnaissance était enfin là ! Depuis cette date, la profession a connu un développement très significatif avec des taux de croissance à 2 chiffres chaque année.

L’investissement dans l’économie réelle passe aussi par la finance participative

En 2016, des mesures d’assouplissement et d’élargissement ont conforté un mode de financement nouveau qui attire de plus en plus de Français : ils sont près de 15% à considérer que la finance participative est une solution pertinente pour financer l’économie réelle et l’innovation.

Aujourd’hui, la finance participative s’étend à un nombre toujours plus grand de secteurs : la culture, le patrimoine, les associations, l’économie sociale et solidaire, la promotion immobilière, les projets d’énergie renouvelable, les projets agricoles et agroforestiers, les spectacles vivants, la musique, la transition énergétique, la santé et les biotechs, le numérique, le commerce de proximité… Du côté du financement des entreprises et de l’innovation, la finance participative représente une opportunité sans précédent.

Et pourtant, vous pouvez faire encore mieux ! L’enjeu est clair : il faut orienter résolument une partie croissante de l’épargne des particuliers vers le financement de l’économie réelle. L’épargne des Français, c’est un stock de 4 500 MM€, dont 45% sur des contrats d’assurance-vie en euros et des livrets.

Il faut orienter l’épargne, dont 45% sur des assurances-vie, vers le financement de l’économie réelle

La finance participative, ce n’est en France « que » 2,6 millions de contributeurs depuis l’émergence du secteur, 629 M€ collectés, et plus de 21 000 projets d’entreprises ou d’associations financés. Une paille ! Mais la croissance est toujours forte, et la tendance n’est pas prête de s’arrêter. En 2017, année d’élections, il est fort probable que le nombre de particuliers qui investissent leur argent via la finance participative dépasse le nombre d’investisseurs en bourse : l’actionnariat a été divisé par deux en 15 ans.

Il est fort probable que la finance participative dépasse le nombre d’investisseurs en bourse cette année

Des mesures incitatives fiscales permettraient de faire du plus grand nombre de Français des business angels, des « Xavier Niel » en puissance. Pour cela, nul besoin d’être richissime : sur la majorité des plateformes, on peut devenir investisseur dès 100 €, ticket d’entrée permettant de suivre l’évolution des entreprises soutenues et d’être acteur dans leur réussite.

L’extension des unités de comptes investis par les contrats d’assurance-vie dans des entreprises non cotées ou de jeunes entreprises innovantes apporterait une source formidable de financement supplémentaire. L’épargne salariale pourrait aussi être fléchée, en partie, vers des projets innovants que les salariés-épargnants pourraient choisir grâce aux plateformes. Financer des projets innovants, des projets de l’économie réelle via une plateforme, c’est reprendre la main sur son argent, c’est devenir épargn’acteur !

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Investir dans des projets innovants et dans l’économie réelle répond à une double motivation : aspirationnelle et financière. On cherche à donner du sens à son investissement et à son épargne, investissement dont on attend un retour positif sur l’économie, l’environnement, la société, l’emploi… Mais on en attend aussi un retour sur investissement financier, les deux sont indissociables. Il faut lutter contre cette idée reçue qui consiste à considérer l’investissement des particuliers seulement comme un investissement « coup de cœur » affectif.

Il faut lutter contre l’idée reçue selon laquelle le crowdfunding est seulement un investissement affectif

Investir dans l’économie réelle, c’est surtout accepter une dose de risque. Souvent très élevée. C’est faire le pari que certains investissements seront gagnants, d’autres non. Alors pour rétablir une certaine équité avec les investisseurs dits « professionnels », les particuliers qui osent et prennent des risques doivent pouvoir compenser leurs pertes et leurs profits. Et d’autant plus quand ces investissements s’orientent vers les marchés émergents qui répondent aux défis de la France du XXIème siècle : l’environnement, la santé, les biotechs…

***

Surtout, et là est l’enjeu pour l’économie française et l’emploi, seul le développement de l’activité de ces jeunes entreprises innovantes, créées par des équipes formidables et enthousiastes, et financées par des particuliers engagés, permettra à l’Etat de sortir gagnant de l’équation.

Les entreprises innovantes, créées par des enthousiastes et financées par des particuliers engagés, permettront à l’Etat de sortir gagnant

Si la politique publique depuis plusieurs années encourage la création de start-ups, les conditions ne sont pas réunies pour le développement de leur business. Pourquoi investir tant de moyens (financiers mais pas seulement) pour n’en avoir (presque) aucun retour sur investissement ? Les start-ups ont besoin de clients, pas de subventions !

Les pouvoirs publics peuvent et doivent montrer le cap : créer les conditions de marché accessibles et adaptées à ces innovations, un principe de proportionnalité vraiment appliqué, un accès facilité aux marchés publics, une vigilance accrue pour faire tomber les barrières que nos grands leaders nationaux mettent parfois (souvent ?) limitant l’accès de ces jeunes pousses aux marchés privés…

***

Si nous ne pouvons que nous féliciter de l’attention que les pouvoirs publics portent au financement participatif, et des conditions favorables qu’ils ont créées, les réticences de certains et les tentatives de déstabilisation des autres restent nombreuses.

Parce que la finance participative fait bouger les lignes, parce que souvent elle dérange, nombre d’acteurs plus traditionnels, privés ou publics, ne lui reconnaissent pas sa juste place. En dépit de la supervision régulière et efficace des autorités de régulation (AMF, ACPR, TRACFIN…) beaucoup nous considèrent encore trop souvent comme une bande au mieux de rêveurs, au pire des « beatniks ».

Malgré la supervision efficace des autorités, beaucoup nous considèrent encore trop souvent comme des rêveurs

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Mesdames et Messieurs les candidats,

vous avez les cartes en main pour faire bouger les représentations à notre égard, nous inviter à participer aux discussions de place, nous donner davantage de place dans les tribunes qui nous permettront de faire mieux connaitre notre jeune industrie…. Nous répondrons toujours présents !

Stéphanie SAVEL

Présidente de WiSEED

Présidente de l’association FPF (Financement Participatif France)

16 réflexions sur “Lettre Ouverte Aux Candidats à La Présidentielle

  1. charleswiseeder dit :

    Une mesure simple, serait de mettre en place une structure pour rendre possible d’intégrer les investissements en crowdfunding dans les PEA.

    Aujourd’hui, c’est légalement possible mais les banques n’ayant pas la possibilité d’automatiser les inscriptions dans les PEA de titres non cotés. Facturent des frais de plus d’une centaine d’euros par inscription.

    Il faudrait donc un registre alimenté par les plateformes ayant un agrément qui permettrait aux banques la même automatisation que pour les titres cotés et donc des frais similaires.

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    • stephaniewiseedcom dit :

      Bonjour Charles,
      Merci de votre commentaire. Effectivement, ce serait une excellente chose. Des startups proposent une offre qui va dans le sens de ce que vous évoquez… Nous suivons ça de près !

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    • CHATONNET dit :

      Bonjour,
      Ne pouvez-vous pas laisser tranquille les adhérents à l’assurance vie?
      Si nous avons envie d’investir en crowdfundind nous le faisons à coté…
      Il serait plus constructif de se concentrer sur la fiscalité du crowdfunding. Il fut un temps où la réduction IR était de 25% …

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      • stephaniewiseedcom dit :

        Bonjour,
        Et merci de votre commentaire.
        Je propose également des incitations fiscales plus franches pour la déduction de l’IR : tous les investisseurs particuliers sur les plateformes de crowdfunding ne paient pas l’ISF ! Et comme je le dis : nul besoin d’être richissime pour soutenir les jeunes entreprises innovantes.
        Quant à l’assurance-vie, je regrette surtout que la possibilité ouverte via les unités de comptes fléchées sur des entreprises non cotées ne soit pas plus utilisée et assouplie.

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  2. Fabien Raynaud dit :

    Bel argumentaire Stéphanie pour ce plaidoyé en faveur du financement participatif.
    Le crowdfunding est une opportunité unique pour chacun d’investir dans l’économie réelle, sur un projet concret et que chacun choisit selon ses affinités.
    Le risque pris doit être récompensé ; aujourd’hui il ne l’est clairement pas.
    Espérons que votre appel sera entendu, et que les milliards qui croupisssent sur les Livrets A puissent ainsi être investis dans l’entrepreneuriat français.
    Le financement participatif mérite d’être encore plus connu et plus populaire.

    Cordialement,
    Fabien RAYNAUD, beatnik peut-être, mais avant tout fier d’être WiSEEDer
    http://www.FabienRaynaud.com

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  3. gregory dit :

    ce qu’il faudrait c’est que l’etat crée une enveloppe fiscal pour notre investissement, car 24% d’ir et 15.5% de taxe sociales ca fait 40% qui ne vont pas dans les bonnes poches

    donc en créant une enveloppe qui bloque pendant 5-8 ans et défiscalise les intérets ca serait bien

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  4. Etienne dit :

    Bonjour,

    heureux de lire votre lettre ouverte, je suis convaincu que la finance participative participera à la création de valeur, d’emplois etc.. et j’espère donc que les candidats seront sensibles à votre courrier.
    Cette démarche est elle spécifique à Wiseed ? Savez vous si d’autres plateformes pourraient s’y associer ? y a t’il d’ailleurs une « fédération » ou est ce prématuré ?

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    • stephaniewiseedcom dit :

      Bonjour Etienne,
      Il existe une association qui regroupe plus de 70 plateformes françaises des 3 métiers du crowdfunding (don, prêt, investissement) et d’autres acteurs de l’écosystème : Financement Participatif France. J’ai le plaisir d’en être la présidente depuis le début de ce mois. Je m’exprime en tant que présidente de WiSEED mais je suis persuadée que nombreuses seront les plateformes à me suivre !
      Stéphanie

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  5. Bruno SCHNEIDER LE SAOUT dit :

    Bonjour,

    J’ai lu avec intérêt la lettre de Mme SAVEL, vos débats et notamment vos propositions et remarques sur la fiscalité et l’orientation de l’épargne des français vers l’investissement au capital des TPE / PME.

    Je vous recommande à ce titre la lecture des 7 propositions de nos membres de l’Association Française de l’Investissement Participatif, AFIP, sur notre site internet: http://www.afip-asso.fr/

    Merci de vos remarques et commentaires.

    Bruno
    Trésorier AFIP

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  6. charleswiseeder dit :

    Bonjour Bruno,

    j’ai regardé vos 7 propositions, et je pense que si elles sont donné au grand public certains vont crier au meurtre. Pourquoi ? par ce que dans le model que vous présentez c’est l’état qui supporte le risque. En effet, si vous cumulez votre proposition 1 et 3 sur les startups, en cas de perte total vous récupéré 50% lors de l’investissement et 50% lors de la liquidation. Autrement dit votre capital serait garanti par le fisc. Et en cas de gain, ils ne seraient pas soumis a l’impôt ( point 4). C’est une présentation de vos proposition volontairement un peu provocatrice mais avouez que présenté comme cela ça fait un peu arnaque pour l’état.

    Et pour ce qui est des spots publicitaire, j’ai très peur de ce qu’il en sera fait. Quand vous voyez que UFC que choisir détourne l’incitation a la diversification en une incitation a investir plus que de raison. Il vas être compliqué de faire des spots publicitaires éducatifs sur le sujet sans ce prendre un procès d’intentions.

    Aimé par 1 personne

    • Bruno Schneider Le Saout dit :

      Merci Charles pour vos remarques.

      L’idée de fonds, certes présentée de façon un brin provocatrice, est de ne pas se laisser marginaliser car la Belgique et l’Italie viennent de suivre un modèle d’incitation fiscale à la mode britannique.

      Mattéo RENZI au soir de sa démission a signé le décret autorisant 30 % de déduction d’impôt sur un million d’€ d’investissement dans le capital de PME et en Belgique on peut déduire jusqu’à 45% du montant de son investissement dans les TPE de son impôt.

      Notre problématique en France reste celle de la démocratisation de notre système d’incitation à l’investissement HORS ISF PME.

      Il est vrai qu’il y a du chemin à faire lorsqu’on voit les déclarations de patrimoine de nos candidats à l’élection présidentielle. Aucun ne détient de titres d’entreprises et ils en sont fiers !

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