Comment donner du sens à son épargne ? Les conseils d’un CGP spécialisé

La quête de sens est une tendance qui traverse tous les domaines de notre société : le sens du travail, de la famille, de l’école, de l’Etat… Mais qu’en est-il du sens de l’argent ? En effet, l’argent que les investisseurs placent en banque, sur les marchés financiers ou plus directement dans des entreprises, a un impact selon le comportement ou l’utilité des entreprises en question. Pour devenir un investisseur responsable et solidaire, il est d’abord fondamental de distinguer les différentes notions utilisées par les acteurs du secteur afin de ne pas se faire duper par des slogans marketing.

Comprendre les différentes notions

Le secteur financier a usé et abusé de certains mots qui ont été vidés de toute leur substance : confiance, responsabilité, utilité… Afin de comprendre ces mots galvaudés, il est nécessaire de définir ensemble les notions d’Investissement Socialement Responsable (ISR) et de Finance Solidaire (FS).

Investissement Socialement Responsable

Un investissement est considéré comme socialement responsable lorsqu’il intègre des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (dits ESG, ou extra-financiers) à sa gestion financière. Ces investissements se font dans des entreprises cotées en Bourse. Le marché de l’Investissement Socialement Responsable évolue beaucoup. Il faut néanmoins être très vigilant quant à l’approche utilisée par les gérants pour construire leurs portefeuilles. En effet, il existe plusieurs approches de l’ISR :

  • L’approche « Best-in-class » : les investissements se font dans les entreprises les plus en avance d’un point de vue extra-financier dans chaque secteur d’activité ;
  • L’approche sectorielle : les investissements excluent certains secteurs d’activités jugés comme néfastes pour la société (armement, pornographie, alcool, tabac…) ;
  • L’approche thématique : les investissements se font d’après une thématique précise comme l’accès à l’eau, le bien-être au travail, le niveau de satisfaction client…
  • L’engagement actionnarial : en plus d’investir dans une entreprise, des recommandations sont faites à celle-ci pour améliorer son impact environnemental, social et de gouvernance. Si ces préconisations sont prises en compte et appliquées par l’entreprise, l’investissement sera conservé voire renforcé ; et inversement.

Selon l’approche choisie et la volonté des gérants, les filtres socialement responsables peuvent être plus ou moins forts. A vous d’être vigilant ! D’un point de vue financier, vous pouvez attendre la même performance d’un placement ISR que d’un placement traditionnel.

La Finance Solidaire

Que signifie cet oxymore « finance solidaire » ? Cette notion se base sur l’utilité prouvée des entreprises pour la collectivité. Les investissements se font dans des entreprises pouvant être considérées comme d’intérêt général dans le domaine de la transition énergétique, de l’insertion, de la lutte contre l’exclusion (handicap, vieillesse…), du logement social…

Tandis que l’Investissement Socialement Responsable s’enquiert du comportement d’une entreprise, la finance solidaire s’intéresse à son domaine d’activité. Lorsque vous investissez dans la finance solidaire, il est de votre responsabilité de choisir l’utilité de votre épargne sur des thématiques variés (voire celles précitées en exemple).

Connaître les produits existants

Maintenant que les notions d’Investissement Socialement Responsable et de Finance Solidaire ont été définies, vient désormais la question des produits financiers permettant de donner du sens à votre épargne. Si vous choisissez d’investir dans des produits ISR, vous pourrez le faire au travers d’OPCVM (Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières), qui constituent une catégorie de produits financiers qui regroupe les SICAV (Sociétés d’Investissement à Capital Variable) et les FCP (Fonds Communs de Placement).

Le principe général est la gestion collective, pour des épargnants qui ne souhaitent pas investir en direct. Le travail de gestion (financière et extra-financière) est confié à un gérant. Pour les investissements dans la finance solidaire, il existe plusieurs types de produits financiers :

Les OPCVM solidaires

Il existe 2 catégories d’OPCVM solidaires : les fonds de partage et les fonds 90/10. Un fonds de partage reverse la totalité ou une partie des revenus du placement à une association caritative ou à une organisation humanitaire préalablement définie. Il peut s’agir, par exemple, d’organismes dédiés au développement dans les pays du Sud, à la lutte contre l’exclusion ou à la création d’emplois… Les investisseurs bénéficient d’une réduction d’impôt sur la part des revenus partagés.

Un fonds dit 90/10 investit entre 5% et 10% dans des entreprises agréées solidaires. Le reste des capitaux est investi en titres classiques (actions, obligations…) selon des critères éthiques dits ESG et une démarche ISR. Vous commencez à connaître les acronymes !?

Les parts d’entreprises solidaires

Il est possible d’entrer directement au capital d’une entreprise solidaire (sur WiSEED par exemple). L’utilité sociale de l’investissement est nettement plus élevée puisque plus concentrée. En fonction des entreprises sélectionnées et d’une disponibilité de l’épargne moins fluide, ces investissements peuvent octroyer en contrepartie des réductions fiscales substantielles.

Les obligations solidaires et les titres participatifs

Une obligation solidaire est un titre de créance émis par une entreprise solidaire. Elle donne droit, en échange d’un prêt d’argent, à un taux d’intérêt défini sur une période donnée. En résumé, vous financez directement une entreprise solidaire par un prêt d’argent remboursé sur un échéancier prédéfini.

investissement wiseed

WiSEED a récemment proposé un placement en obligations amortissables pour la marque Mémé Georgette, dans lequel j’ai investi pour le compte d’un de mes clients

Il est également intéressant d’évoquer les titres participatifs, qui font leur grand retour dans l’économie sociale et solidaire, et qui ont déjà été proposés par WiSEED sur 3 projets. Un titre participatif est un titre hybride composé d’une rémunération fixe et d’une rémunération liée aux performances de la société. Ces titres sont proposés avec une possibilité de sortie prévue passé un délai de 7 ans de détention.

Chaque catégorie de placement solidaire induit des avantages et des inconvénients spécifiques. En fonction de vos objectifs personnels, vous pouvez répartir votre patrimoine avec la pondération adéquate.

Devenir un investisseur responsable et solidaire

Pour devenir un investisseur responsable et solidaire, nous vous préconisons de suivre les 6 étapes suivantes :

  1. Réaliser un diagnostic de votre patrimoine : Le diagnostic est un préalable indispensable à toute action. Il permet par la suite de faire des choix plus pertinents ;
  2. Définir vos objectifs personnels (« L’argent est un moyen, pas un but ») : Votre patrimoine doit être organisé en fonction de vos objectifs personnels, précis et quantifiés (utilité sociale, préparations de la retraite, transmission du patrimoine, achat immobilier…) ;
  3. Déterminer la proportion consacrée à la finance solidaire : Un patrimoine peut être géré de manière solidaire de 0% à 100%. Il vous revient de « placer le curseur » selon vos objectifs personnels, vos contraintes et vos envies.
  4. Choisir les thématiques que vous souhaitez soutenir : L’objectif de la finance solidaire est de donner un sens à votre épargne en la rendant utile. L’une des questions fondamentales est donc : à quelle(s) cause(s) souhaitez-vous être utile ?
  5. Mettre en place la stratégie patrimoniale globale : Tenant compte de la globalité des points évoqués, vous devez définir les placements qui vous correspondent et leur proportion en assurant une diversification suffisante ; puis mettez en place votre stratégie patrimoniale globale.
  6. Effectuer un suivi régulier : Il est fondamental d’effectuer un suivi régulier de ses investissements et de réaliser les ajustements nécessaires en fonction de l’évolution de votre situation patrimoniale.

En collecte depuis la semaine dernière sur WiSEED, la coopérative numérique Digicoop lève des fonds en titres participatifs. Un autre moyen de donner du sens à son épargne !

N’hésitez pas à me contacter ou à commenter ce billet si vous avez des questions sur l’investissement social et solidaire, ou sur le métier de Conseiller en Gestion de Patrimoine spécialisé en impact investing. Je tiens à remercier WiSEED pour l’invitation à prendre la parole sur ce blog participatif !

marc-antoine noiretMarc-Antoine NOIRET

Gérant de NOIRET PATRIMOINE, cabinet de conseil en gestion de patrimoine spécialisé dans la Finance Solidaire

Contactez-nous ici

 

5 réflexions sur “Comment donner du sens à son épargne ? Les conseils d’un CGP spécialisé

  1. charleswiseeder dit :

    Bonjour,

    Merci pour cette présentation relativement exhaustive. Je pense qu’il est important cependant de rajouter de n’investir que dans ce que l’on comprend.

    En tant que CGP, vous avez une compréhension avancée des placements et du langage qui les entourent, mais ce n’est pas le cas de la majorité des Français.

    Je ne dis pas qu’il ne faut pas investir sur tel ou tel placement, qui serait la chasse gardé des professionnel ou des fortunés. Mais que chaque placement à ses spécificités, ses contraintes qui peuvent être incompatible avec des montages. Le meilleur exemple est que signifie le fait devoir conserver un placement au moins 10 ans. Est-ce que cela signifie que l’on ne pourra rien en faire du tout ou que l’on aura des pénalités si l’on s’en sépare avant ? Si demain l’on a un besoin impératif d’une partie de l’argent, cela peut faire une énorme différence.

    Et si vous vous dites que vous n’y connaissez rien. Il faudrait peut-être penser à demander à un professionnel, par exemple en allant voir un CGPI. Je ne sais pas comment fonctionne NOIRET PATRIMOINE. Mais j’ai eu l’occasion de faire appel à l’un d’entre eux il y a quelque année et j’y ai appris deux choses. La première, que l’investissement que j’envisageais ne me correspondait pas. Et en second qu’ils ne sont pas payé au forfait ou au temps passé mais un pourcentage des placements que vous faite avec eux. Vous pouvez donc discuter avec eux des bases si vous avec un sujet d’investissement précis. Et savoir combien cela vas vous coûter avant qu’il n’analyse réellement votre situation et vous fasse des propositions.

    Cordialement,
    Charles

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    • mnoiret dit :

      Bonjour Charles,

      Vous avez entièrement raison. Chaque investissement a ses spécificités. C’est pourquoi il est nécessaire de déterminer ses objectifs personnels avant de choisir un investissement. En fonction de vos besoins, les placements pertinents ne seront pas les mêmes.

      Pour reprendre votre exemple, il existe des placements à long terme (10 ans) mais également des placements à plus court terme avec une disponibilité de l’épargne.

      Concernant le CGPI, il doit normalement vous adresser une lettre de mission avant chaque conseil. Cette lettre se doit d’expliciter le mode de rémunération qui peut être une facture ou une rétrocession en fonction du volume de placements.

      J’espère avoir répondu à vos questions.

      Bien à vous,

      Marc-Antoine

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  2. gregory dit :

    bonjour charles
    vous dites
    « Le meilleur exemple est que signifie le fait devoir conserver un placement au moins 10 ans. Est-ce que cela signifie que l’on ne pourra rien en faire du tout ou que l’on aura des pénalités si l’on s’en sépare avant ? Si demain l’on a un besoin impératif d’une partie de l’argent, cela peut faire une énorme différence. »
    je tiens a insister qu’il ne faut investir de l’argent qu’on a pas besoin avant un horizon lointain, et de ne pas succomber aux sirene de tels ou tels investissements

    J'aime

    • charleswiseeder dit :

      Bonjour Grégory,

      J’ai choisis cet exemple car l’on utilise ces termes aussi bien pour un compte à terme dont la rémunération serait très fortement réduite (en restant positive) que pour de l’investissement en PME. La différence étant que pour un compte à terme il est facile de le casser et le placement reste généralement positif comparé au fait de garder l’argent sur son compte courant. Pour de l’investissement en PME la situation est très différente car en cas de soucis, il n’existe a ce jour pas de moyen de sortir de la société…

      Cordialement,
      Charles

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  3. Jérôme dit :

    Bonjour,
    Un bel article, qui a toute sa place sur Wiseed maintenant. Très au courant il y a quelques années (avec feu mon site ecolo-trader) de ce qui éclosait en RSE, j’ai été vite surpris et déçu, de trouver dans mes fonds des valeurs comme TOTAL. J’ai tout arrêté et réorienté mes investissements sur des petites PME côtés en bourse,dont je pouvais discuter, échanger avec le PDG et comprendre leur travail. Et Wiseed est arrivé… avec un effet encore plus important sur l’emploi et le côté Tech(green-clean-bio). Ma compréhension de l’investissement RSE je l’ai trouvé ici.
    cordialement
    Jérôme

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