Le crowdfunding évolue et s’installe dans le paysage du financement

Financement Participatif France (FPF) et KPMG ont publié la semaine dernière le baromètre de l’activité 2018. Certains d’entre vous ont peut-être vu passer les principaux résultats sur les réseaux sociaux. D’année en année, le baromètre évolue pour prendre en compte les évolutions du secteur, tout en maintenant une certaine continuité permettant les comparaisons.

Depuis maintenant plusieurs années, FPF donne des chiffres retraçant l’activité :

  • De la finance alternative, composée du financement participatif, des fonds de prêts aux entreprises (fonds collectés auprès d’acteurs institutionnels) et affacturage, des cagnottes en ligne, du prêt à la consommation en ligne ;
  • Du financement participatif : don, prêt, investissement.

Rassurons-nous, la finance alternative et le crowdfunding ne sont pas morts ! Avec une croissance de 39% en 2018, les nouveaux modes de financement sont en bonne forme. Idem pour le financement participatif dont la progression est de 20% en 2018.

Nous ne sommes évidemment plus sur des taux de progression à 3 chiffres (c’est bien normal) et le taux de croissance ralentit en 2018. C’est, de mon point de vue, un signe de maturité pour le secteur qui s’installe dans le paysage. Je vous invite également à lire une étude détaillée publiée par FPF, sous la houlette de Benoit Granger, qui fait le bilan de la finance participative, 4 ans après la 1ère réglementation. Sur demande auprès de FPF.

D’autant plus que les évolutions intra-sectorielles montrent des tendances très intéressantes, qui s’ancrent progressivement :

  • Les flux collectés sont en très grande majorité fléchés vers le financement du secteur économique (TPE / PME / ETI / Startupséconomie sociale et solidaire. Tous modes de financement confondus, en 2018, ils représentent presque 50% des projets financés, en augmentation de 31% par rapport à 2018 ;
  • Si on cible sur les TPE, PME, startups et entreprises de l’ESS, le financement participatif par les particuliers représente 52% des flux collectés (le financement des startups via des fonds de prêt concerne quasi exclusivement du préfinancement de CIR). Il est ainsi un peu prématuré d’affirmer que le seul modèle viable est celui du « financement participatif par les institutionnels ». On voit que les modèles se complètent et co-existent, au plus grand bénéfice des entreprises financées ;
  • 2018 confirme la tendance notée en 2017 : la finance alternative s’adresse à une large panoplie de secteurs économiques. C’est une très bonne nouvelle, à la fois pour les porteurs de projet (tous peuvent trouver des sources de financement via les plateformes), les financeurs (qui disposent d’un large choix leur permettant de vraiment choisir ce qu’ils veulent financer) et les plateformes (qui peuvent construire des stratégies et trouver des modèles économiques diversifiés).

Les évolutions du seul secteur du financement participatif sont aussi significatives. Sur le montant total collecté via les plateformes auprès des particuliers (402 M€), l’analyse plus fine montre un tassement de la collecte en don, une forte progression sur le prêt et une diminution de la collecte en investissement :

Plusieurs enseignements peuvent en être tirés. Au-delà d’ajustements méthodologiques techniques (repositionnement de certains acteurs du don sur les cagnottes en lignes par exemple, évolution des modes de financement sur l’immobilier vers du financement en obligations plutôt qu’en capital), en voici les principaux :

  • Le don, dans la configuration qui prévalait jusqu’à présent, a probablement atteint sa limite de croissance. Comme le rappelait Romain Payet, le Secrétaire Général de KissKissBankBank Groupe, le secteur doit innover pour poursuivre sa croissance ;
  • Le prêt est fortement tiré par le financement en obligations, avec évidemment la croissance soutenue du crowdfunding immobilier et du financement des énergies renouvelables qui captent à eux deux 93% du financement en obligations ;
    •   Le financement en obligations a trouvé sa place dans le financement de projet en complémentarité parfaite avec les autres modes de financement (dette bancaire et fonds d’infrastructures) ;
    •   Il reste très attractif pour les particuliers qui trouvent un moyen de dynamiser leur épargne sur des sous-jacents moins risqués que les entreprises ;
  • L’investissement en capital connait une diminution forte à -19% mais atténuée par rapport aux résultats du 1er semestre 2018 (-50%) :
    •   Le facteur conjoncturel de la suppression des incitations fiscales liées à l’ISF a eu un impact fort pour certaines plateformes, bien qu’il ait été très limité chez nous ;
    •   Ce que j’ai déjà eu l’occasion d’appeler « le cycle de vie de l’investisseur particulier » se fait sentir avec l’antériorité croissante de ce mode de financement (la plupart des plateformes d’investissement, hormis nous, ont été créées en 2012) ;
    •   Ce phénomène est très net sur WiSEED : les WiSEEDers les plus « anciens » se reportent volontiers vers les obligations (plusieurs d’entre vous en ont d’ailleurs témoigné sur ce blog). Les investisseurs plus récents ou nouveaux continuent en revanche d’être très actifs sur le financement de startups.

Ces évolutions valident les choix stratégiques opérés par WiSEED qui s’adapte de façon volontaire aux transformations du secteur en construisant un positionnement clair : financer des entreprises à différents stades de maturité, avec des modes de financement répondant à des besoins et des attentes variées, sur nos secteurs économiques de prédilection.

stephaniesavelwiseed2019

J’étais invitée par BFM Business hier soir pour présenter les résultats du baromètre et évoquer les évolutions du secteur (lien)

Elles ouvrent également des perspectives intéressantes pour le développement de WiSEED, avec quelques enjeux forts : construire la meilleure articulation entre des typologies d’investisseurs différents (particuliers, professionnels), proposer une gamme cohérente de produits financiers sur des couples rendements/risques et des maturités complémentaires, identifier les secteurs à impact qui construiront l’économie de demain.

Et vous, que vous évoquent ces résultats ?

Stephanie Savel_13_NBStéphanie Savel

Présidente de WiSEED

Présidente de Financement Participatif France (FPF)

4 réflexions sur “Le crowdfunding évolue et s’installe dans le paysage du financement

  1. Fabien Raynaud dit :

    Des résultats qui montrent une certaine maturité, avec notamment les récentes consolidations (via les différents rachats). Le Financement Participatif a encore besoin d’être démocratisé davantage, pour se positionner comme un nouveau moyen de diversifier son épargne. D’autant plus que l’épargnant choisit explicitement le projet dans lequel il investit. Plus d’investisseurs pour plus de « poids » pour ce nouveau mode de financement.

    Concernant le cycle de l’investisseur, difficile de généraliser. Si j’ai moins investi en equity en 2018, c’est essentiellement parce que j’ai eu moins de dossiers qui m’ont séduit. Et sans reporter cet investissement dans les obligations, j’ai continué à investir une certaine partie dans l’immobilier qui me séduit surtout par sa relative liquidité (fonds bloqués sur maximum 3 ans), et par un bon ratio risque/performance. Ayant commencé à investir dans l’immobilier depuis plus de 2 ans et de manière assez régulière, j’ai donc des retours sur investissement régulièrement, que je ré-investis dans de nouveaux projets immobiliers.

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  2. Charles S dit :

    Bonjour,
    ces résultats sont intéressants et peuvent augurer de 5 choses de mon point de vue:
    – Même si la promotion immobilière se porte au mieux, Les Echos attestent régulièrement de la tendance à la baisse des mises en chantier: cela devrait peser à terme sur ce segment très cyclique.
    – Le lend auprès des Entreprises matures a déjà commencé à prendre le relais: ce mouvement devrait continuer, tant mieux
    – Le crowd reste hélas un « nain financier » à l’échelle des milliards des besoins de notre économie. Ce petit gâteau va donc avoir besoin de consolidation: Wiseed est bien placée dans ce marché émietté, pour tirer son épingle du jeu
    – la baisse de l’investissement en capital est préoccupante: il est vrai que comparé à l’immobilier où l’on gagne finalement un rendement très correct, même après impôt, doublé d’une maturité bcp + faible, l’investisseur a vite fait son choix. Espérons que des retours et sorties positifs lui redonneront un coup de fouet.
    – Enfin j’attends la création de nouveaux véhicules financiers comme des sortes de FIPs ou FCPIs participatifs, sectoriels ou pas, qui seraient très utiles au crowd, et lui permettrait – outre la dilution du risque – de capter d’autres canaux de distribution comme les CGPI: A FPF d’être très pro-actif pour proposer ceci aux autorités
    Jeunes ou pas nos Entreprises en ont bien besoin.
    Crowdialement,

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  3. Ancelle Hervé dit :

    Bonjour. Ce qui attire les investisseurs particuliers doint je fais partie en onligations pour l’immobilier par rapport aux start-up via des actions c’est leur durée plus courte entre 12s , 24 et 36 mois, plutôt que 5 ans pour les start-up. Cela ne m’empêche pas de rester très intéressé par les start-up…..

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  4. charleswiseeder dit :

    Bonjour,

    Je pense que l’on ne peut pas analyser les variations d’investissements en actions et ceux en obligation de la même manière. En effet, le cycle de vie d’un investissement en obligation n’est que de quelques mois. Les investissements sont donc composés d’investisseurs nouveaux et de renouvellement. Les deux types d’investisseurs étant confortés par retour d’expérience avec une rentabilité net de défaut plus importante que prévue (pour le moment).

    A l’inverse, pour les investisseurs en actions, nous arrivons à la fin du cycle de vie des premiers investissements. Les investisseurs ne sont donc pas dans le cas de réinvestissements et sont en quête de repères. Avec la question qui brûle de plus en plus, quel est le rendement réel de ce type de placement ?

    En tous cas pour ma part, les investissements actions ont baissé car j’ai réévalué la durée d’immobilisation et que j’ai un objectif en terme de taille de portefeuille.

    Cordialement,
    Charles

    PS : je pense aussi que le marché action sera toujours très limité tant qu’il n’y aura pas de marché secondaire. Mais c’est un autre débat.

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