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Récit d’un investisseur engagé sous les tropiques

Les WiSEEDers manifestent souvent leur volonté de s’impliquer dans les projets qu’ils contribuent à financer. Pour certains d’entre eux, leur engagement se traduit par des actions concrètes qui vont bien au-delà de l’investissement financier. Comment favoriser cela ? Les équipes de WiSEED ont mis en place un système de délégation de présidence des holdings, qui répond en partie à cette volonté de participation, et des fonctionnalités proches de celles d’un réseau social font peu à peu leur apparition. Mais vous les WiSEEDers, pouvez aussi prendre des initiatives ; en voici une illustration.

C’est avec la 2ème levée de fonds de Caviar de Neuvic sur WiSEED que j’ai mis un premier pied dans le crowdfunding en décembre 2014. A cette époque, je n’avais donc encore jamais goûté ni au caviar, ni au crowdfunding.

Laurent Deverlanges, sa volonté de produire un caviar Made in France de grande qualité, sa grande passion pour l’élevage d’esturgeon ont suffi à me convaincre de tenter cette aventure. Avouez que reprendre les codes du luxe pour ancrer, au même titre que le champagne ou le foie gras, un produit aussi rare que le bon caviar dans le paysage de la gastronomie française, c’est un projet entrepreneurial cohérent ! Je me devais un peu d’investir : Allez hop, 1 000 € ce n’est pas le bout du monde !

Un projet entrepreneurial cohérent dans lequel je me devais un peu d’investir

En revanche, l’idée de rester confiné comme actionnaire indirect au sein d’une WiCAP ne me suffisait pas. J’avais envie d’aller un peu au-delà de ce simple rôle. J’avais envie d’Agestir ! Mû par mes profondes convictions de crowdfunder, une réflexion sur comment aider Caviar de Neuvic dans son développement a commencé par germer en toile de fond dans mon esprit.

Vivant une expatriation à Dubaï, aux Emirats Arabes Unis (UAE), l’éloignement fût à la fois une source de difficulté, de motivation et d’inspiration. Entrer en relation auprès de Caviar de Neuvic, ne serait-ce que pour savoir comment et vers qui s’adresser de façon crédible, sont les premières réponses à trouver. Finalement, mon premier coup de pouce intervient dans le rôle le plus naturel qui soit : celui du client. Même si ça peut vous sembler évident à posteriori, je n’y ai pas songé tout de suite.

Mon premier coup de pouce intervient dans le rôle le plus naturel : celui du client

Ne rentrant pas en France pour les fêtes de fin d’année, je choisis de passer commande et faire livrer quelques boîtes de petits œufs noirs et iodés en 3 endroits différents de l’hexagone. A défaut de pouvoir soi-même goûter le produit, offrons-le aux proches qui sont en France et faisons quelques heureux à distance. C’est ainsi qu’à Noël 2014, la première cuillère nacrée de Caviar de Neuvic fait son effet et ravit toute la famille !

Fort de ce 1er essai encourageant, je cherche à poursuivre mes efforts. Connaissant l’intérêt de Huso (la maison mère de Caviar de Neuvic) de se développer à l’export, je commence donc par m’intéresser au marché du Caviar en général, et aux UAE. En investissant dans Huso, je savais qu’un fond d’investissement basé à Dubaï faisait partie du tour de table, et j’étais convaincu qu’un produit haut de gamme comme le Caviar de Neuvic y aurait toute sa place car notre art culinaire et le Made in France jouissent tous deux d’une excellente réputation à l’étranger, et notamment aux UAE.

J’étais convaincu que ce produit haut de gamme aurait toute sa place aux Emirats Arabes Unis

Je me renseigne dans les hôtels 5 étoiles et pose quelques questions dans mon entourage, et puis je trouve un jour une épicerie fine avec du caviar en vitrine produit par la concurrence – notez qu’à Dubaï les épiceries fines sont beaucoup plus rares que les hôtels 5 étoiles. Finalement, je suis mis en relation par Laurent Deverlanges avec le responsable commercial export de Caviar de Neuvic. Nous faisons connaissance à distance.

Je lui fais quelques relevés de prix et nous échangeons d’autres informations. Enthousiaste, je profite plus tard d’un déplacement de mon épouse à Paris en Février 2016 pour lui faire passer commande d’une dizaine de boites avec en tête l’idée de déguster moi-même le produit une première fois, le faire déguster autour de moi, et pourquoi pas aussi à l’un des nombreux chefs Français présents à Dubaï ?

Bien conditionné, le colis arrive par bagage à main à Dubaï et passe en douane discrètement. Premières dégustations sympathiques entre amis, tout va bien. Et puis, les choses se compliquent. Mon initiative singulièrement mal préparée se heurte aux exigences de conservation. J’ai saisi l’opportunité de ramener quelques échantillons à mes frais et par mes propres moyens, sauf que faute de temps à consacrer pleinement à cette initiative, je ne réussis pas suffisamment tôt à nouer des contacts intéressants.

En effet, le caviar se conserve environ 4 mois entre 0°C et 4°C. Dehors, les températures matinales affichent vite 25° à Dubaï, dès le mois de Mars. Et je fais vite le constat que le réfrigérateur familial – déjà pas vraiment adapté à notre usage – aura beaucoup de mal à maintenir un froid stable et inférieur à 8 degrés avec l’arrivée des beaux jours.

 

C’est ainsi que ma tentative de dégustation avec un chef français échoue lamentablement. Heureusement qu’elle ne s’est pas déroulée dans un cadre trop formel et que je l’ai entourée de précautions oratoires et d’explications parce que jamais Caviar de Neuvic ne m’a mandaté pour effectuer cette démarche singulière… Vous avez dit amateur ?

Cet échec ne m’empêche pas pour autant de repartir avec quelques informations supplémentaires sur les distributeurs locaux et les prix pratiqués. Par contre, le reste de mon stock, lui se dirigera vers… la poubelle. Croyez-moi, c’est un vrai crève-cœur, un sacré gâchis de jeter une si précieuse marchandise !

Après cette mésaventure, dans mon entourage je fais la connaissance d’un couple de Français qui en marge de leur activité professionnelle travaillent au lancement d’une plateforme de livraison à domicile de charcuterie 100% française (mybutcher.ae). Un projet audacieux dans un pays musulman !

Caviar et charcuterie ne se marient pas forcément en bouche, mais avec mybutcher je trouve des gens de confiance potentiellement capables de réussir professionnellement là où j’ai échoué en amateur : assurer la chaîne logistique des produits frais entre Rungis et Dubaï, et son stockage dans de bonne condition une fois arrivée.

Je trouve des gens capables de réussir là où j’ai échoué : assurer la chaîne logistique entre Rungis et Dubaï

Depuis cette année, Caviar de Neuvic couvre ses bassins de panneaux solaires (image via UsineNouvelle.com)

Avec ce nouvel espoir, je planifie mes vacances en France à l’été 2016 avec plusieurs objectifs : rencontrer le responsable export de Caviar de Neuvic à la boutique Odéon, et m’organiser un périple touristique et gastronomique dans le Sud-Ouest avec en point d’orgue la visite du domaine de Neuvic en Dordogne.

Ce rendez-vous me réserve une drôle de surprise : le responsable export avec qui j’avais noué à distance une relation de confiance m’annonce que Huso recherche quelqu’un pour pallier à son départ pour motif personnel (suivi de conjoint). Sans avoir de nom en tête mais convaincu que les obstacles peuvent se transformer en opportunité, je lui glisse que recruter quelqu’un déjà basé à l’étranger peut faire du sens d’un point de vue économique et commercial… Ne sait-on jamais, l’idée fera peut-être son chemin dans l’esprit des dirigeants ?

La visite, elle délivrera toutes ses promesses : très intéressante et très instructive sur l’élevage d’esturgeon et l’extraction du caviar, et conclue par une sympathique dégustation de beurre de caviar !

La visite du domaine de Neuvic délivrera toutes ses promesses : très intéressante et très instructive, conclue par une dégustation de beurre de caviar

A la rentrée 2016, je suis ravi et je reviens avec l’espoir de réussir le pari d’importer du Caviar de Neuvic à Dubaï en 2017. Néanmoins, la fin de mon expatriation se rapproche et la préparation au retour en France prend le pas sur mes initiatives. Au fond, le retour sur investissement n’est pas au rendez-vous au regard de plusieurs critères de jugement : le temps, l’énergie, et l’argent dépensés.

En réalité, un événement inattendu fera pencher le bilan de mes initiatives en un sentiment globalement positif : j’apprendrai le recrutement de l’amie d’un collaborateur de bureau installée à Dubaï au poste de responsable export. Elle projetait son retour en France et a postulé à l’offre d’emploi publiée par Caviar de Neuvic, que j’avais pris soin de « liker » sur Linkedin comme j’en ai souvent l’habitude de le faire.

La nouvelle recrue a postulé via l’offre d’emploi que j’avais « liké » sur Linkedin

Voici le récit des aventures chaotiques d’un investisseur engagé sous les tropiques. Maintenant, quels enseignements en tirer ?

De son côté, l’entrepreneur en voit lui aussi de toutes les couleurs dans sa gestion ; et mon expérience ne reflète qu’une infime partie des obstacles rencontrés dans son quotidien. J’ai tenté plusieurs initiatives pour un résultat quasi nul, sans pour autant nourri de regret.

J’ai voulu me rendre utile, mettre des actes en face d’un concept et fournir un exemple à la frange d’investisseur désireux d’être le propre acteur de leur investissement. Ai-je bien fait ? En tout cas, j’en tire la satisfaction personnelle d’avoir essayé et d’être sorti de ma zone de confort…

J’ai voulu me rendre utile et fournir un exemple à ceux qui veulent être acteurs de leurs investissements

Et vous les entrepreneurs, les WiSEEDers ? Selon vous, quel est le rôle d’une plateforme de crowdfunding ? Doit-elle intervenir pour entretenir, canaliser, et coordonnées ce genre de bonne volonté ? Est-ce une source authentique de création de valeur pour l’industrie du crowdfunding et pour les entreprises financées ?

Vos réactions et commentaires sont les bienvenus !

Alexandre Gaillard

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P.S. : Il existe d’autres exemples de collaborations fructueuses avec ou grâce aux WiSEEDers, comme le développement de Gulplug en Asie, la première vente de maison individuelle de Leko Homes, l’utilisation de la technologie ffly4u pour des ruches d’abeille ou le lancement de la boutique e-commerce de Fib&Co. Les WiSEEDers ont beaucoup à apporter aux entreprises financées !

 

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